La nutrition des bovins : kit de survie

Erschienen am Freitag 04 Mai 2012 um 10:47

Introduction

Nous partirons d’un constat très simple. La nutrition des bovins, en théorie c’est simple. C’est une liste de normes d’énergie, de protéines, de minéraux et d’oligo-éléments qu’il faut respecter en fonction du poids, du statut (tarie, génisses…) et de la production des animaux. En pratique, c’est beaucoup moins simple. Qui n’a pas rencontré une exploitation où l’éleveur consciencieux suit à la lettre sa ration et c’est la catastrophe ou à l’inverse, celui qui s’entête à faire vêler ses vaches en pâture surtout en septembre-octobre sans n’avoir jamais aucune fièvre de lait ?

En réalité, il n’y a pas de recettes miracle. Pourquoi ? Tout simplement car on à faire à des êtres vivants dans toute leur complexité (là je parle des vaches mais aussi des éleveurs et des vétérinaires). Nous pourrions parler des heures du métabolisme complexe du rumen et de ses bactéries, de la synergie de l’énergie et de la protéine, de l’acétonémie et l’intégration des acides gras dans la β-hydroxidation puis dans la synthèse des corps cétoniques et j’en passe, cependant, c’est pour moi mettre la charrue avant les bœufs. On peut expliquer avec passion les mécanismes complexes des pathologies à nos éleveurs, mais si au final, il n’a pas de problèmes de nutrition ou si c’est tout autre chose, notre crédibilité sera revue (et ils ne font pas de cadeaux).

Revenons donc au béaba de la nutrition et du métier de vétérinaire, à savoir l’observation des symptômes ou des signes qui, avant tout, vont vous permettre de dire à l’éleveur si sa ration tient la route ou non. Au final, ce sont les vaches qui ont toujours raison.

L’observation et la restitution de cette observation

Quelques règles de l’observation, tirées de l’expérience et de notre collaboration avec Dr. T. Hetreau (signes de vaches).

  1. Soyez naïfs. A savoir, oubliez tous vos aprioris sur l’éleveur
  2. Essayez d’être calme et posé
  3. Observez du général au particulier puis inversement. Ne faites pas attention aux trouvés par les éleveurs pour chaque cas que vous leur montrerez.
  4. Lorsque vous réaliser des notations vous pouvez faire des ½ points mais ne vous compliquez pas la vie avec des ¼ ou des dixièmes de points. C’est l’impression générale qui compte souvent le plus.
  5. Allez voir tous les groupes d’animaux
  6. Lorsque vous restituez les informations, ne gardez que l’essentiel (le superflu n’est jamais entendu). Pour les éleveurs motivés et enthousiastes, commencez par les points positifs et terminez par les points critiques. Pour ceux au bord du désastre, faite l’inverse pour qu’ils gardent une impression positive. Dans tous les cas, bannissez de votre vocabulaire le « mauvais, pas bon, dégueulasse, catastrophique… » et soyez constructif.

La rumination

Nous allons commencez par la rumination car certains semblent l’oubliez mais les bovins sont des ruminants. On a beau les bourrer avec des acides gras, des concentrés by-pass ils n’en restent pas moins des ruminants. Avec une panse qui fait de 150-180L pour des animaux en production, elle reste, avec le foie, l’organe central de la nutrition. Physiologiquement, les animaux ruminent mieux couchés (donc ils doivent pouvoir se coucher), sans compter que l’irrigation sanguine de la mamelle est augmentée de 30% environ quand ils sont couchés. En individuel, le critère d’une bonne rumination est le nombre de coups de mâchoire à savoir, entre 55-65 coups par bol de rumination. Lorsqu’on fait un bilan de troupeau, observez 5-6 vaches et au moins 2 bols de ruminations. Le nombre de coups doit être similaire entre 2 bols d’une même vache et les vaches doivent être toutes entre 55-65. L’inconvénient de cette méthode c’est qu’elle prend du temps. Lorsqu’on a que 2 minutes, le critère est le suivant, 6 vaches sur 10 vaches doivent ruminer (exclure les animaux qui se déplacent, boivent, mangent…). Si vous êtes sous les 60% (ou les 55 coups de mâchoires), c’est que la ration manque de fibrosité (premier critère de l’acidose), si vous êtes au-dessus c’est l’inverse.

Le remplissage du rumen.

Le remplissage du rumen est le deuxième critère à observer car il est lié à la ration actuelle. Comme beaucoup de notations, le remplissage du rumen se note sur 5 ; de 1/5 représentant un rumen très creux à 5/5 un rumen impacté (cf. figure 1). La note idéale en individuelle se situe autour de 3/5 avec une tolérance à 2-2.5/5 lors de la mise en pâture pour les animaux en production. Les vaches taries doivent être centrée sur 3/5 avec une tolérance à 4/5 cette fois-ci. Le remplissage du rumen varie évidemment pendant la journée en fonction du type de ration, de la quantité ingérée en fonction du système de distribution. Si la ration est ad-libitum une vache mange environ 8-10 fois par jour pendant 6-8h en ration hivernale classique (ensilages). En saison de pâture, elles doivent manger jusqu’à 12h par jour afin d’atteindre leur quota de matière sèche (si à disposition). Pour bien faire, il faudrait donc venir plusieurs fois par jour pour évaluer le remplissage, ce qui n’est pas très pratique. C’est donc une note qu’il faut mieux prendre au niveau du troupeau. Evaluez une dizaine de vaches au hasard. La moyenne doit se trouver autour de 3/5 et aucune doivent être >4/5 ou <2/5.

Figure 1 : exemples de notations de remplissage du rumen

Score de remplissage 1. Un triangle qui suit les côtes est visible sans que le rumen soit bombé. La peau est collée sous les apophyses des lombaires

Score de remplissage de 3. Le rumen est bien bombé mais les côtes et les apophyses des lombaires sont toujours visibles

Score de remplissage de 4. Les côtes ne sont plus visibles car elles sont cachées par le rumen mais les apophyses lombaires sont elles légèrement visibles.

L’état corporel

L’évaluation de l’état corporel se fait au visuel mais également au touché car la vue est parfois trompeuse. La notation se fait vue de l’arrière et vue du côté DROIT (pas le gauche). Les animaux ne mobilisant pas tous au même endroit et l’ordre de mobilisation étant important (figure 2), il est souvent nécessaire d’évaluer l’état corporel arrière ET l’avant et d’en faire une moyenne. Chacun trouvera ses trucs pour évaluer rapidement les états corporels mais l’important est que vous évaluiez toujours de la même façon. On notera l’engraissement sur 5 points (1 étant l’animal émacié et 5 l’obèse) et certains repères restent essentiels. Pour la méthode précise de notation des états corporels (qui pourraient à elles seules faire l’objet d’un article), je vais vous référer au site de l’université de Pennstate qui a réalisé des fiches très bien faites. Ce que l’on doit retenir, c’est que l’estimation ponctuelle d’un animal n’est pas représentative de sa balance énergétique actuelle et n’est donc pas très utile sauf dans les cas extrêmes (obésité ou émaciation). C’est l’évolution dans le temps qui est important or vous ne voyez pas toujours les animaux à intervalle régulier. Encore une fois c’est l’observation du troupeau qui vous sauvera. En pratique, notez les mêmes animaux que pour le remplissage du rumen (et en même temps). La moyenne doit se situer autour de 3 avec aucun animal dans les extrêmes à savoir ≤ 2 ou ≥4. Si vous avez > 15% des animaux ≤2, on peut conclure qu’il y a un problème de carences énergétique et/ou protéiques. Si vous avez > 15% des animaux ≥4, la ration est déséquilibrée vers l’excès avec ses dérives possibles en fonction des groupes (taries, fin de production, génisses à la reproduction…).

Figure 2 : ordre de dépôt de graisse (mobilisation dans le sens inverse)

1 : dos et hanches

2 : côtes

3 : base de la queue

4 : poitrine

5 : flanc

6 : vulve

7 : mamelle

Figure 3 : exemples d’état corporels
Etat corporel de 3 : ideal. Ce qu’il faut retenir par rapport à l’état corporel de 3 c’est que les angles repères (hanches, pointe de la fesse, apophyses lombaires) s’arrondissent. La peau est souple au toucher et ne colle pas aux os, mais peu de graisse est palpable. Mon repère est également le nombre de doigts qu’il me faut pour remplir la dépression entre la pointe de la fesse et la queue. Moi j’en place 3 (pour score corporel 3) mais c’est très personnel…certains d’entre vous n’en placerons sans doute que 2.
Score corporel de 2 : les repères deviennent anguleux et le nombre de doigts placés dans la dépression augmente. La peau vient de plus en plus se coller aux os (peau complètement collée = score de 1).

Score corporel de 4 : les repères sont arrondis et la graisse commence à s’immiscer sous la peau mais elle reste souple. Les apophyses transverses des lombaires sont encore visibles. Le sillon entre la base de la queue et la pointe de la fesse est moins grand (moins de doigts placés)

Observation des bouses

Une vache bouse environ 12 fois par jour pour une production journalière moyenne de 30 kg. L’observation des bouses permet de récolter des informations essentielles sur la vitesse de transit et le rapport entrée/sortie de la ration (efficacité). L’évaluation se fait par l’appréciation de la consistance des bouses et de la présence ou non de fibres et de grains et en quel volume.

La consistance est notée sur 5 ; de 1/5 correspondant à la diarrhée à 5/5 les crottins de chevaux. Encore une fois l’idéal se situe entre 2-3 pour les vaches en production et entre 3-4 pour les animaux non productifs. Pour vous donner quelques repères pour la notation. La note de 2 est donné à la bouse qui passe à travers les caillebottis mais pas complètement. La note de 3 est une bouse qui ne passe pas à travers les caillebottis mais qui ne gardent pas la marque de votre botte lorsque vous marchez dedans. La note 4 elle, garde la marque de votre botte. Notez 5-10 vaches qui bousent pendant votre passage dans la stabulation. Les bousent doivent avoir plus ou moins la même consistance entre les vaches avec aucune < 2 ou >4 sauf exceptions par exemple en pâture où le transit est accéléré par l’humidité de la ration, le niveau de protéines et les sucres solubles.

Pour la digestion, le plus efficace est d’utiliser des passoires à riz (petites mailles). Vous pouvez utiliser celle de votre cuisine mais ne l’y remettez plus… Prenez une bouteille coupée comme récipient de récolte pour avoir toujours le même volume de bouse à analyser et pour comparer les animaux entre eux. Arrosez copieusement la bouse (le jet pas trop fort…) jusqu’à ne plus avoir que les particules solides. Le critère est dans sa globalité moins vous en avez mieux c’est. L’hypothèse d’un problème est posé si le volume des fibres est > 50% du volume total des bouses (acceptez <40 % pour des hautes productrices). Aucun grain ne devrait se trouver dans votre passoire. On peut calculer grossièrement les pertes de production en fonction des grains retrouvés. En effet, on compte environ 442 VEM d’énergie par litre produit (4% MG, 3,2 % P) ce qui équivaut à environ 500 gr de grains de maïs. Faites 2-3 bouses pour évaluer l’homogénéité de celles-ci et les variations de digestion.

Attention qu’il n’y aucune relation entre la consistance et la digestion des bouses.

Comportements alimentaires et autres informations

Les interactions et les comportements vont beaucoup jouer sur la qualité et la quantité de ration ingérée.

Observez les conflits pour l’alimentation : lié au nombre de place à table, au mode d’affouragement à la quantité d’aliments et à l’accès à l’aliment. Peu ou pas de conflits doivent être observés. Une place à table par vache est recommandée. Un couloir de 4 m est recommandé au niveau de la table d’alimentation, à savoir qu’une vache doit pouvoir croiser une autre alors qu’une 3ème mange.

Observez les conflits pour l’abreuvement. Attention que la quantité et la qualité de l’eau est tout aussi importante que la ration en elle-même. On doit compter 1 abreuvoir pour 15 animaux dans le cas de petits abreuvoirs et 1 pour 20 dans le cas de bacs. Une vache peut boire jusqu’à 10L en 30 secondes, il est donc préférable d’avoir des bacs à niveau constant pour les laitières en production car un débit de 20L par minute n’est jamais obtenu par les abreuvoirs à palette. Vérifier le débit des abreuvoirs (10 L/min au moins) et pas seulement celui qui est devant vous.

Observez le cou des animaux qui ne doit pas être dépilé ni cassé : lié à l’accès à l’alimentation (hauteur barre de garrot) par exemple.

La brillance du poil est également liée à la qualité de la ration et l’état de l’animal (plus subtile et moins direct). Le léchage derrière l’omoplate doit être rare et certains auteurs lient cette zone au pH du rumen (exemple méthode Obsalim « les vaches nous parlent d’alimentation »).

D’autres observations peuvent être réalisées comme l’observation de pica qui est souvent le signe de carences en sodium ou de problèmes nutritionnels plus profonds.

Conclusion

Deux problèmes se posent au vétérinaire praticien rural à qui on demande des conseils en alimentation. Le premier est qu’il n’intervient majoritairement que lorsqu’il y a un problème, le deuxième est qu’il n’a qu’une photo statique du troupeau et de l’alimentation. C’est pour cela qu’il faut avant toute chose observer les animaux avant sa ration ou l’analyse des résultats du contrôle laitier ou d’autres informations même si il fait très froid dehors et qu’on serait mieux avec une tasse de café dans la cuisine. L’observation et l’encodage des données ne doivent vous prendre qu’une dizaine de minutes en première approche et avec de l’expérience.

Un troupeau qui tourne correctement est avant tout un troupeau HOMOGENE en termes de l’ensemble des signes. Un troupeau HETEROGENE n’est pas à rechercher. Vous connaissez sans doute des éleveurs qui vous montrent avec fierté, une ou deux vaches à plus de 40 ou 50 L mais qui ressemblent à des vaches indiennes. Même une vache haute productrice ne doit pas ressembler à un mannequin anorexique. Si c’est le cas, c’est qu’elle n’est pas faite pour ce troupeau ou inversement et franchement je les plains. Après une bonne observation et une hiérarchie des points positifs et des points critiques, alors vous pourrez comparer la ration avec la réalité et parler rationnement et besoins.

C’est Claude Bernard qui dit un jour « L’expérience est une observation provoquée dans le but de faire naître une idée ». C’est la base de notre métier.

Pour toutes questions ou demandes complémentaires, vous pouvez vous adressez à Dr. Knapp Emilie au Service de nutrition.

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